Contact no 16 - Déc. 2002 - Page 9

Voyage d'août à Courchevel

L’altiport est devant nous, joli tremplin qui invite à plonger plus à gauche dans la vallée. Large virage en verticale à exactement 620 ft QFE, un 180° qui nous éloigne de l’altiport vers Bozel qu’on distingue à peine dans le fond – une fois familiarisé avec les lieux, on prend plutôt comme point de repère plus facile une des bosses qui coiffent la montagne d’en face.

Au dessus de Bozel, gros 90° à droite. On s’approche jusqu’à y bien distinguer les arbres les uns des autres, presque comme si on y était. Dernier virage à droite pour éviter la dent, légère assiette à piquer pour viser le seuil de piste à 6368 pieds et prendre le tremplin à rebrousse-poil.

En plus de l’axe, du plan et de la vitesse, l’œil surveille aussi l’altimètre. A 6400 ft, encore au dessus du vide, arrondi et assiette horizontale pour viser le peigne, en remettant ce qu’il faut de gaz pour ne pas descendre. On frôle alors tellement le seuil du tarmac qu’on se demande si on ne va pas le percuter. Toucher au bas du tremplin qu’il faut remonter. L’élan ne suffit pas, il faut une bonne accélération pour ne pas rester planté dans la pente, mais pas trop non plus car on ne découvre la plate-forme haute qu’au dernier moment. C’est là qu’évoluent tous les avions sur un espace pas plus grand qu’un terrain de foot, entre hangar, bout de piste et point d’arrêt, et il faut être prêt à parer tout obstacle imprévu.

Il est vers 6 heures à notre arrivée. Accueil très simple et chaleureux de nos hôtes de l’Aéroclub des 3 Vallées, dont Robert, le chef-pilote. Il fait un temps superbe. Les sommets éclatent de lumière autour de nous. Il y a à peine plus de trois heures, on était encore dans notre plaine d’Alençon.

On reste là, sourires béats et presque incrédules devant cette arrogante beauté. Mais bientôt – la soirée tombe vite en montagne – il faut penser à descendre, trouver notre chambre au Coq de Bruyère à Courchevel 1850, puis suivre Robert qui dévale un peu trop vite à notre goût les lacets de la route jusqu’à 1650 où nous nous retrouvons pour l’apéritif et le dîner dans un restaurant qui fête l’anniversaire d’Elvis en distrayant nos mandibules et nos oreilles avec des tubes du King interprétés de façon assez sympa par un petit groupe de musiciens.

Le lendemain, on est presque réveillés par le soleil. Si on veut aller faire le tour du Mont Blanc, c’est maintenant ou jamais. De retour à l’altiport, il nous salue de son dôme blanc et presque irréel qui dépasse là-bas au nord, au dessus du haut versant qui fait face à la piste. Penchés sur la carte étalée sur l’aile du KN, Christian et Roland se mettent d’accord sur la route à suivre, et nous voilà partis. Je suis aux commandes de XV. KN est déjà parti devant nous. A peine la manette des gaz enfoncée et les premiers mètres de piste franchis, on bascule d’un coup dans la pente de presque 20%. Plutôt grisant. Les 60 kt sont vite atteints pour la rotation, mais le début de vol est trompeur pour nous, gens de plaine pour qui décollage est synonyme de montée. Ici, si on n’y prend pas garde, on continue à descendre sans même s’en rendre compte. Et tout de suite, il faut obliquer d’environ 45° à gauche pour libérer l’axe de finale pour d’éventuels appareils en approche. Le haut de la montagne devant nous est échancré d’un petit col que nous visons. Il me parait relativement près mais je le trouve bien long à atteindre.