Contact no 16 - Déc. 2002 - Page 10

Voyage d'août à Courchevel

Je commence à m’apercevoir que les distances en montagne sont bien trompeuses, un peu comme quand on navigue à proximité d’une côte dont on a du mal à évaluer l’éloignement. On frôle le haut du col pour découvrir le domaine de La Plagne sur le versant sud de la vallée de l’Isère, très ouverte. Bourg St Maurice au fond à notre droite. On est maintenant autour des 9000 ft, toujours en montée. Nous passons sur le versant nord pour déboucher sur le Val Veni. On est en Italie ! A gauche, je reconnais le col de Seigne, qui marque la frontière, à 2516 mètres, où je suis passé en randonnée en 98.

Devant, le toit de l’Europe nous barre la route, énorme Moby Dick à l’échine d’une blancheur éternelle, hérissée de pointes et d’aiguilles imposantes, sombres et menaçantes. Je n’en mène pas large. On n’est qu’une poussière perdue dans cette immensité pure et formidable, si près de ces parois abruptes qu’elles pourraient presque nous toucher, et qui m’impressionnent encore davantage quand j’aperçois entre nous et la paroi, à au moins trois cents mètres à notre gauche, la petite silhouette bleue et blanche de KN qui se détache sur la roche brune. Ils sont dingues ! Mais Christian n’est pas du genre à prendre des risques inutiles ; ils ont sûrement encore une bonne marge de sécurité.

Décidément, ces masses démesurées chamboulent mes repères visuels habituels.

On monte encore un peu jusque vers 12.000 ft et au détour des Grandes Jorasses, on vire tranquillement à gauche pour franchir la crête frontière et découvrir autour de nous, de retour sur la France, la masse tranquille et immaculée des glaciers et névés éternels. Bonheur et volupté.

On voudrait s’arrêter un moment tellement on ne sait plus où donner des yeux, tellement on voudrait goûter à l’infini ce moment d’éternité. Oiseau, suspends ton vol ! Mais déjà on arrive sur la vallée de Chamonix. La Mer de Glace déroule ses vieilles rides, et surgit droit devant la pointe vive de l’Aiguille du Midi qui domine cet univers du haut de ses 3842 mètres. On vire encore vers l’intérieur du massif, elle passe sur notre droite, exactement à notre hauteur. La grosse bosse du Mont Blanc défile doucement à notre gauche. Sur ses pentes, douces de ce côté et à cette altitude, s’égrènent sur l’épais manteau neigeux quelques cordées d’alpinistes, parfois au bord de vertigineux précipices.

On est déjà sur le retour.

En quelques petites minutes, le paysage revient au brun vert, comme pour annoncer que le rêve est fini. Tranquillement, on redescend vers le Beaufortin, la vallée de l’Isère, pour aller se poser dans la vallée voisine de Courchevel, sur l’altiport de Méribel.

On est à Méribel pour deux raisons, d’une part pour faire connaissance avec l’altiport et sa configuration particulière, d’autre part pour faire le plein, en raison d’un problème d’avitaillement à Courchevel.

Le reste de cette journée de samedi se passe entre diverses petites balades dans les environs et des tours de piste pour se familiariser avec l’approche à Courchevel. Et surtout, José et Charles se mettent à bosser dur avec Robert pour tenter de passer leur qualification de site. Après une heure environ de briefing, on les verra tourner jusque dans la pénombre de la première minute de nuit aéronautique. Réussiront-ils ? Suspense…